Pour ceux dont la mémoire se révèle défaillante, Paul Lafargue est un essayiste, économiste, député français sous la IIIème république, auteur du fameux « Le droit à la paresse » (1880). Il est aussi le gendre de Karl Marx. Il est enfin né à Cuba, pays cher à mon cœur, il y a environ 180 ans.
Il a donc tout pour plaire… Ou pas ! Bien sûr !
Ce socialiste, dreyfusard et franc-maçon, nous laisse un héritage qui prend tout son sens 150 ans après la publication de son « Droit à la paresse ».
Comment ça marche ?… Extraits choisis et réécrits :
- Les économistes, prêtres et moralistes sont à l’origine de cette vénération sans limite de la valeur « travail ». (Quel pouvoir établi ne trouverait pas là, meilleure façon de se pérenniser !
- Les civilisations antiques (Athènes ou Rome) et sociétés primitives considéraient le travail comme une « dégradation de l’homme » avant l’arrivée musclée de quelques envahisseurs
- La machine et le progrès technique entrent en concurrence avec l’homme, plutôt que de le libérer. Ce dernier travaille de plus en plus, et, s’appauvrit de plus en plus au profit de quelques « capitalistes ». (Ici encore, Musk et quelques autres n’ont rien inventé)
- Ces humains « capitalistes », peu nombreux, ne suffisent néanmoins pas à absorber la surproduction, corolaire inévitable du progrès technique
- On imagine donc (dès le XIXème siècle) l’obsolescence programmée, le recours à la création de besoins nouveaux, ou la mondialisation (pas si heureuse !) des marchés.
De fil en aiguille, Lafargue nous propose en substance de proclamer notre droit, tant collectif qu’individuel, à la paresse !
Laissons faire les machines, qui n’ont pas besoin de manger, dormir, rêver, et travaillons moins, beaucoup moins, voire pas du tout ! La technique et les machines ont juste besoin d’un peu de surveillance et d’entretien.
Aristote prévoyait que si chaque machine pouvait exécuter d’elle-même sa fonction propre, alors le chef d’atelier n’aurait plus besoin de personne ni le maitre n’aurait besoin d’esclave. Le salariat n’est-il pas né au lendemain de l’abolition de l’esclavage ?… Le mot change, la fonction demeure.
Revenons en 2026.
L’Intelligence Artificielle ressemble à si méprendre aux métiers à tisser du XIXème siècle. Ingénierie, droit, finance, conseil en stratégie ou en organisation, création, codage, administrations et tâches répétitives, et j’en oublie… Autant d’emplois qui se comptent par centaines de millions sur la planète et qui sont menacés de « disparition » à très court terme !
Une véritable catastrophe selon les observateurs les mieux placés. Un défi planétaire et civilisationnel selon les « experts » dont on aime à croire (sic !) qu’ils ne se trompent jamais !
Mais qu’observent réellement tous ces mieux-pensants ?
Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt.
Alors… Le doigt ou la lune ?
Bien sûr, on peut toujours regarder le doigt de celui qui montre la lune. D’ailleurs le doigt existe bel et bien… Mais la lune aussi !
Et si la lune du XXI ème siècle s’avérait être (enfin) le Droit à la Paresse…Pour une fois, décrochons la lune !
